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Voyage vers l'au-delà en pays Toraja (MAGAZINE)     Par Kiki Siregar 


Voyage vers l'au-delà en pays Toraja (MAGAZINE) 
   Par Kiki Siregar 
    
 
                   
 

    
      LA'BO (Indonesia), 9 nov 2018 (AFP) - Au milieu des cris des sangliers  
et du sang versé par les sacrifices de buffles, le corps momifié d'une femme de  
81 ans est envoyé vers l'au-delà selon les rites funéraires ancestraux du pays  
Toraja. Martha Kande n'a pas rendu l'âme hier: sa famille a conservé ses restes  
embaumés pendant sept mois. 
   "On a gardé son corps à la maison dans un cercueil", a expliqué à l'AFP  
Meyske Latuihamallo, petite-fille de la défunte. 
   Décédée, Martha Kande a alors été traitée comme une parente malade. 
   Le cercueil "reste ouvert avant l'enterrement parce qu'on considère que la  
personne est malade et on lui amène à boire et de la nourriture chaque jour",  
explique la petite-fille de Mme Kande. 
   La famille a conservé le corps intact à l'aide d'injections de formol, a  
expliqué Lisa Saba Palloan, guide touristique, assurant que si le cadavre sent  
un peu le formol pendant quelques jours, "après une semaine il n'y a plus  
d'odeur - et même après des mois". 
   Ce n'était pas le cas autrefois quand des méthodes plus traditionnelles  
étaient utilisées, comme le vinaigre et les feuilles de thé, qui n'empêchaient  
pas les corps de se décomposer, selon les témoignages de l'époque. 
   Pour les Torajas, un groupe ethnique du nord de l'île indonésienne des  
Célèbes, la mort est juste une nouvelle étape de la vie. 
   Vivre côte à côte avec un macchabée pendant des mois, ou même des années,  
avant de lui rendre hommage avec des sacrifices sanglants d'animaux peut  
sembler bizarre. Mais pour les Torajas, une personne ne peut être vraiment  
considérée comme morte et son âme libérée qu'après des funérailles qui peuvent  
prendre plusieurs jours, appelées "Rambu Solo". 
    
   - Une cérémonie onéreuse - 
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   Après cinq jours de cérémonies, Martha Kande doit être enterrée dans une  
grotte funéraire qui abrite de nombreux squelettes à côté de poupées de bois  
rituelles habillées de costumes traditionnels représentant les morts les plus  
nobles. 
   "Ce sont les coutumes de nos ancêtres", relève le neveu de la défunte,  
Johanes Singkali, âgé de 72 ans. "Nous les maintenons pour préserver les  
traditions et conserver leur caractère sacré". 
   Même si la plupart des Torajas sont maintenant chrétiens, ils cultivent  
leurs traditions vieilles de plusieurs siècles et basées sur des croyances  
animistes. 
   Plus les funérailles sont élaborées, plus l'esprit de la personne défunte a  
de chances de rejoindre les dieux.  
   Mais ces rites ont un prix: huit buffles sacrifiés pour une cérémonie  
ordinaire et jusqu'à 100 pour une personne noble. 
   Ces funérailles peuvent coûter aux familles jusqu'à deux milliards de  
roupies (135.000 dollars), un montant extravagant dans un pays où plus de la  
moitié de la population vit avec moins de 5,5 dollars par jour, selon la Banque  
mondiale. 
   Dans le village de La'Bo, des centaines de personnes se sont rassemblées  
pour ces funérailles, ainsi que plusieurs dizaines de touristes armés  
d'appareils photos.  
   Le corps de Martha Kande est placé dans un cercueil rouge, construit sur le  
modèle des maisons traditionnelles qui rappellent des bateaux. Il est ensuite  
placé devant sa demeure. 
   Les proches habillés en noir amènent des dizaines de porcins au centre du  
village pour qu'ils soient sacrifiés tandis que la famille danse. Vers midi, on  
sacrifie un buffle de prix dont la carcasse sera mise de côté pour un banquet.  
    
   - Tourisme funéraire - 
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   Il faut avoir le coeur bien accroché pour suivre ces festivités, mais cela  
plaît beaucoup à Ellie Eshleman, une touriste américaine. "J'ai une passion  
pour la mort", dit la jeune femme de 29 ans. 
   "J'aimerais qu'elle retrouve sa place spirituelle dans le monde occidental.  
Et c'est pour ça que je suis venue voir des rites funéraires et observer  
comment ça peut devenir un moment de festivité." 
   Le gouvernement indonésien veut promouvoir les rites funéraires des Torajas  
afin d'encourager le tourisme dans tout l'archipel, au-delà des destinations  
phares comme Bali où se rendent chaque année des dizaines de milliers de  
touristes, quand très peu de visiteurs vont jusque dans les terres des Torajas. 
   Développer le tourisme représente toutefois un défi dans cette région qui  
manque d'infrastructures et n'a pas d'aéroport important, même si les habitants  
se montrent plutôt réceptifs à un tel projet. 
   De plus, les cérémonies "Rambu Solo" sont difficiles à prévoir à l'avance.  
Les familles ont souvent besoin d'économiser pendant des mois avant de réussir  
à les organiser.  
   Certains touristes vont visiter à la place des sites funéraires permanents. 
   D'autres acceptent de voyager pendant des heures pour assister à ces  
cérémonies rares. 
   Un voyage qui vaut le détour, assure Harli Patriatno, responsable de la  
culture et du tourisme pour le nord du pays Toraja: cet endroit est "un bout de  
paradis sur terre." 
 

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