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24 Novembre 2018
Tipasa: Des habitants refusent le relogement, décision "en sursis"
Les habitants de la cité "Hai El Asfel", vieux
quartier de la commune côtière de Messelmoune construit au pied des monts,
à une cinquantaine de kilomètres à lÆouest du chef-lieu de wilaya de
Tipasa, refusent la décision des autorités locales de classer leurs maisons
comme "cité d'habitat précaire" et de bénéficier d'appartements dans le
cadre d'une opération de relogement
Une décision qui reste "en sursis" à ce jour, suite au refus des habitants
concernés dÆévacuer leurs maisons, classées précaires, pour certains, ou
érigées de manière anarchique pour dÆautres. Les occupants de ces maisons
invoquent, selon les échos recueillis sur place par lÆAPS, un
"attachement" à leurs demeures ayant pour eux "une grande valeur
sentimentale",
Le problème de ce quartier, sÆétendant sur 8 hectares, se complique
davantage, quand on sait, quÆil est situé dans lÆassiette, déclarée, en
vertu du décret présidentiel de 1988 "Zone dÆexpansion touristique (ZET) de
Messelmoune (175 ha)", ce qui explique la non régularisation (au plan
juridique) de la situation de ces habitations.
Historiquement, "Hai El asfel", est le premier quartier crée, par les
autorités coloniales françaises en 1958 dans cette commune, à lÆentrée-est
de la ville. Sa création était inscrite, alors, dans le cadre du "projet
de Constantine" visant à réunir des habitants dÆun nombre de villages de la
région de Bouhellal, dans une sorte de camp de concentration facile à
contrôler, au vu de la force des actions de résistance dans cette région
révolutionnaire, comptant plus de 700 chahid.
Selon Mme Chouiter Fatma Zahra, chef de daïra de gouraia, ce quartier est
concerné par le programme dÆéradication de lÆhabitat précaire à
Messelmoune, visant la distribution de prés de 600 logements.
La responsable a souligné son inscription au titre de ce programme, sur
la base de plusieurs considérations liées notamment aux "demandes exprimées
par un nombre dÆhabitants de cette cité, pour être relogés", et à la
"situation précaire de certaines habitations", a-t-elle assuré.
"Notre soucis est la préservation de la santé des citoyens, du fait que le
quartier est mitoyen à Oued Messelmoune, outre le problème de rejet des
eaux usées, dans une partie de ce quartier", explique la responsable
locale.
A noter que le programme dÆéradication de lÆhabitat précaire stipule la
démolition des logements, dés leur évacuation par leur occupants, dÆoù le
refus exprimé par les habitants de "Hai El Asfel", dÆêtre relogés.
Selon les chiffres fournis par Mme Chouiter, la commission ad hoc de la
wilaya, créée cette année après le recensement de 2007, a recensé plus de
210 familles habitant à Hai El Asfel, dont 75 parmi elles bénéficiaires de
logements de différentes formules et dÆassiettes foncières, au moment ou
200 autres familles ont introduit des demandes pour bénéficier dÆun
logement public locatif (LPL).
Néanmoins, la décision finale de l'éradication du quartier et le
relogement de ces habitants revient au wali, nouvellement installé ? la
tête de Tipasa. "Cette décision sera basée sur les résultats du travail de
la commission de wilaya, au cas par cas et en toute transparence", a-t-elle
dit.
--Vers un reclassement des zones urbaines introduites dans les études
des ZET --
A ce jour la concrétisation de projets dÆinvestissement au niveau des 22
Zones dÆexpansion touristique (ZET) créées à Tipasa, en vertu du décret
présidentiel de 1988, actuellement en cours dÆexamen, par le Gouvernement,
en vue de lÆadoption de leurs plans dÆaménagement, demeure tributaire du
sort à réserver aux ensembles urbains et autres équipements publics crées
dans le périmètre de ces zones, avant leur déclaration en tant que telles (
ZET).
Ceci dÆautant plus que ces ensembles urbains se sont étendus, au fil des
années (dont particulièrement durant les années 80 et la décennie noir),
sans aucune coordination avec les services urbanistiques concernés de la
wilaya.
Un véritable "casse tète" pour les autorités locales, à cause des
problèmes rencontrés dans le règlement de la situation des constructions,
dans le cadre de la loi 15/08, dont notamment en matière de délivrance du
permis de construction ou dÆintroduction des dossiers de conformité.
Pour palier au retard accusé dans lÆadoption des études des plans
dÆaménagement des ZET, la direction du tourisme de Tipasa a émis une
"proposition importante", que les responsables locaux estiment être "la
solution idoine au problème". Selon Hadia Chenit, directrice du tourisme de
la wilaya, ses services ont proposé un "déclassement ou du moins
lÆextraction du foncier urbain construit (englobant habitations et
équipements publics) des surfaces affectées aux ZET".
"La proposition a été introduite auprès du secrétariat général du
Gouvernement", a-t-elle fait savoir expliquant ? l'APS que le déclassement
proposé englobe une assiette globale de 320 ha abritant des ensembles
dÆhabitations et des équipement publics, repartis sur sept (7) ZET de la
wilaya (dont celle de Messelmoune), dÆune superficie globale estimée à
1.129 ha.
La ZET de Messelmoune sÆétend sur 175 ha, en partant de lÆOued Messelmoune
à lÆEst jusqu'à lÆOued Essebt à Gouraya. Elle est limitée au Nord par la
RN11, en parcourant la cote sur un linéaire de 7.500 mètres de plages. Un
foncier de huit hectares de cette ZET est concerné par un déclassement,
soit lÆassiette englobant le quartier "Hai El Asfel", en plus dÆun nombre
dÆéquipements publics dans cette ville.
-- Les habitants souhaitent un investissement préservant de la mémoire de
la ville --
Toutefois, les habitants de cette cité fondent de grands espoirs sur "une
compréhension" de la part des autorités locales, pour leurs revendications,
jugées "légitimes", selon eux, car visant la
"préservation de la mémoire collective et de lÆhistoire de leur quartier",
affichant leur "détermination à ne pas quitter les lieux", revendiquant un
"déclassement et une régularisation juridique" du site.
"Je ne suis pas contre un relogement, mais plutôt contre une démolition
des habitations", a tenu à préciser lÆun des habitants, Abderrahmane
Moussaoui, plaidant pour une étude "au cas par cas, des dossiers des
demandeurs de logements".
Il a, en outre, exprimé son "refus catégorique" du classement de son
quartier comme "habitat précaire", affirmant que ses habitants "vivent bien
et disposent de toutes les commodités nécessaires".
La cite "Hai El Asfel" dispose d'un réseau électrique depuis 1974, et
compte le premier foyer pilote ayant servi de modèle, lors de la première
mise en service du réseau de gaz naturel installé en 2015. Encore plus,
une décision de la wilaya, datée de 1988 a introduit le quartier au
patrimoine communal de la ville de Messelmoune, a-t-fait savoir.
Les facteurs cités par cet habitant sont selon lui "incitatifs" pour la
préservation de la mémoire du quartier. "Le nombre dÆhabitants de cette
cité vivant dans des conditions précaires ne dépasse pas les 5%, au plus",
a-t-il assuré, appelant le wali de Tipasa, à revenir sur la décision de
démolition prise précédemment. (APS)