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 Restitution de l'art africain: "Nous avons besoin de cette mémoire" 




    
 La remise du rapport Savoy-Sarr cette  
semaine sur la restitution des objets d'art africain à leur pays d'origine a  
déclenché de vives passions en France, mais en Afrique de l'Ouest,  
conservateurs ou historiens préfèrent parler de "collaboration" et préparent  
leur retour sur le long terme. 
   Le Béninois Alain Godonou, ancien directeur du département des objets  
culturel pour l'UNESCO, travaille sur cette question depuis plus de 30 ans. 
   Il vient d'être nommé responsable des questions du patrimoine pour la  
nouvelle agence nationale de promotion du tourisme du Bénin pour mener les  
missions de gestion du patrimoine, dans un pays qui a déjà fait connaître son  
désir de récupérer certaines de ses oeuvres. 
   L'expérience de sa longue carrière le fait toutefois relativiser sur le  
rendu de ce rapport, commandé par Emmanuel Macron au lendemain de son discours  
de Ouagadougou où il avait assuré que les pays africains qui en feraient la  
demande pourraient récupérer les oeuvres pillées ou mal-acquises avant et  
pendant la colonisation. 
   L'actuel Bénin est directement concerné. Le petit pays d'Afrique de  
l'Ouest, ex-Dahomey, abritait le royaume d'Abomey (1600-1894), et des richesses  
inestimables, dont le trône du roi Glélé (1858), qui fait partie des pièces  
maîtresses des 70.000 objets africains désormais conservés au musée du Quai  
Branly-Jacques Chirac de Paris. 
   "Conserver des butins de guerre dans des pays qui sont désormais amis et  
qui collaborent, ça n'a pas lieu d'être", confie à l'AFP M. Godonou. "Mais ca  
ne se fait pas à la va-vite, il faut s'entretenir avec les conservateurs, les  
législateurs. On avance, mais il reste énormément à faire". 
    
    
   - Question sensible - 
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   "Les objets, on ne veut pas les avoir pour les avoir", poursuit-il. "Il  
nous faut des projets d'appropriation de notre patrimoine". Cela passe par des  
projets éducatifs, mais aussi par une réhabilitation des musées.Le problème de  
la conservation, qui a justifié pendant de nombreuses années le statu-quo sur  
cette question sensible, n'est plus tabou et sur le continent. On reconnaît  
volontiers le problème. 
   Mais dans de nombreux pays du continent, au Sénégal, en Côte d'Ivoire, au  
Gabon, ou encore au Bénin, on prépare les plans de nouveaux musées ou leur  
inauguration prochaine. 
   Le président Béninois Patrice Talon, qui souhaite faire du tourisme l'un  
des piliers de l'économie nationale, a approuvé les chantiers de cinq musées  
dont celui des Rois d'Abomey et des Amazones, en hommage à l'ancien régiment  
militaire entièrement féminin du Dahomey, qui devrait ouvrir ses portes en 2020. 
   Ousmane Aledji, chargé du patrimoine pour la présidence béninoise, se  
réjouit de voir émerger "une nouvelle forme d'échanges culturelles" avec la  
France. 
   "Nous ne sommes pas dans la réclamation violente, mais nous voulons mettre  
en place des mesures d'accompagnement pour des restitutions progressives",  
assure-t-il. 
   Même discours à Abidjan, où la directrice du musée des Civilisations de  
Côte d'Ivoire, Silvie Memel Kassi, reconnaît que "ce n'est pas un mal en soit  
qu'ils aient été conservés et répertoriés en France". 
    
   - "Pièces ancestrales" - 
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   Le musée national d'Abidjan a été rénové en 2017, mais un musée plus  
important est en projet. Dans ce cas, "on pourrait commencer à parler de  
restitution" définitive. Mais, "en attendant, qu'ils viennent et qu'ils  
repartent, ça ne nous pose pas problème", insiste la directrice. 
   "L'important est de travailler ensemble. Nous voulons avoir accès à ces  
objets. Nous avons besoin de cette mémoire, ces objets sont une mémoire". 
   A Dakar, le musée des civilisations noires (MCN), dont l'inauguration est  
prévue le 6 décembre, sera prêt, un jour, à accueillir les oeuvres, assure son  
directeur. 
   "Nous avons des réserves opérationnelles qui peuvent accueillir de pareils  
objets", explique Hamady Bocoum, soulignant toutefois que les oeuvres n'ont pas  
forcément vocation à finir dans un musée, mais appartiennent également à des  
communautés, qui pourront "décider de les remettre dans les autels des  
ancêtres". 
   "Ces oeuvres-là viennent de nos aïeux", raconte à l'AFP Taho Toubo, chef  
traditionnel We, groupe ethnique de Côte d'Ivoire. "Je prie nos ancêtres,  
dépositaires mêmes de ces pièces précieuses, ancestrales, je prie les ancêtres  
pour que leurs pièces-là retournent", confie l'ancien. 
   Selon les recommandations du rapport, que le président Macron peut  
accepter, rejeter, compléter, amender à sa guise, avant de le faire passer au  
vote de l'Assemblée, la phase de restitution pourrait commencer en 2019. 



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