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5 Novembre 2018
tourisme-hôtellerie
Dans l'ouest irakien, un hôtel brise les traditions tribales
Il y a quelques jours encore, trouver un hôtel à al-Anbar relevait de la mission impossible. Aujourd'hui, un établissement vient briser les traditions tribales ancestrales de l'ouest
irakien, où ne pas accueillir les étrangers dans sa propre maison est une
"honte".
En plein coeur de Ramadi, chef-lieu de cette province sunnite, sur un haut
bâtiment aux façades éclairées de néons colorés, une enseigne rouge signale de
loin le "Rose Plaza Hotel", en arabe et en anglais.
Ce projet de 80 lits, porté par un jeune homme d'affaires, a fait grand
bruit dans l'immense province désertique qui borde Bagdad à l'ouest et s'étend
jusqu'aux frontières de la Syrie, de la Jordanie et de l'Arabie saoudite.
Mais Mohammed Kassar, cheveux gominés et costume-cravate, défend toujours
et encore son projet. Certes, dit-il à l'AFP, "nous sommes la province de la
générosité et de l'hospitalité".
"Mais ce ne serait pas sérieux qu'une province qui couvre un tiers de
l'Irak, donne sur trois pays et est un carrefour commercial, n'ait aucun
hôtel", martèle cet Irakien de 29 ans.
- Lois ancestrales -
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Al-Anbar revient de loin. Longtemps bastion de l'insurrection
anti-américaine, puis prise par le groupe Etat islamique (EI), cela fait
longtemps que la région n'a pas accueilli de touristes ou d'investisseurs en
voyage d'affaires.
Mais, depuis la reprise de Ramadi en 2016, reconstruction et projets
immobiliers et commerciaux attirent chefs d'entreprises et ouvriers, surtout
venus d'autres provinces d'Irak.
Louaï Rafe se félicite d'avoir trouvé le "Rose Plaza". Cet homme d'affaires
pensait pouvoir boucler dans la journée ses démarches administratives et
revenir à Bagdad, à une centaine de kilomètres à l'est de Ramadi.
Le processus s'est finalement avéré plus long que prévu et il a dû réserver
une chambre dans l'hôtel tout juste inauguré de Mohammed Kassar.
"A chaque fois que je venais ici, je dormais chez un ami et j'étais gêné de
le déranger. Cet hôtel est vraiment bienvenu, il facilite la vie de tout le
monde", assure cet Irakien, mèche de cheveux tombant sur le front.
La vie de tout le monde, pourtant, à al-Anbar est régie par les tribus et
leurs lois coutumières ancestrales. La première d'entre elle dans la région est
claire: on ne peut croiser aucun étranger sans l'inviter à rejoindre sa maison,
toutes affaires cessantes, afin d'y manger abondamment et d'y dormir le temps
de son séjour.
Les maisons sont même construites pour cela: la pièce la plus grande y est
la diwaniya, la salle de réception, qui doit être imposante, quitte à rogner
sur le reste de l'espace de la famille.
Et le seul qui avait tenté d'ouvrir un hôtel avant Mohammed Kassar s'y
était cassé les dents. Au beau milieu de la ville, un bâtiment inachevé
abandonné peut en témoigner.
- Lune de miel -
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La compagnie turque qui avait entamé sa construction a dû tout laisser en
plan quand l'EI a déferlé en 2014.
Et, plaisantent encore les habitants, même les jihadistes n'ont pas mis le
pied dans cet hôtel.
Mohammed Ahmed, lui, a trouvé un autre avantage au "Rose Plaza". Ce jeune
marié de 28 ans y a réservé une chambre pour sa lune de miel.
"Je n'avais nulle part où aller et l'hôtel est une belle alternative",
affirme à l'AFP le jeune homme en chemise blanche impeccable, barbe dessinée et
taillée de près.
Pour les habitants d'al-Anbar, au-delà des jeunes couples à la recherche de
romantisme, l'hôtellerie doit aussi se développer pour attirer d'autres
clients, bien plus gros. Certains se prennent déjà à rêver de congrès
internationaux, de conférences économiques ou de sommets pour porter la
renaissance post-EI.
Certains irréductibles, à l'inverse, renâcle encore. Cheikh Ibrahim Khalil
al-Hamed pense d'abord à préserver des traditions qui ont résisté au temps et
même aux guerres successives qui ont déchiré l'Irak depuis des décennies.
"Ces hôtels n'ont jamais existé dans les traditions de nos pères et de nos
grand-pères", affirme à l'AFP ce dignitaire tribal de 52 ans. "Nous, ce qu'on a
toujours connu, c'est que les invités venaient chez les tribus", qui les
accueillaient royalement.
"Ces hôtels détruisent notre réputation", se lamente l'homme, foulard
bédouin blanc sur la tête et abaya noire sur les épaules.