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Hongrie-environnement-loisirs-tourisme-sciences-plongée    Plongée dans les abysses de Budapest (MAGAZINE)

 

   Pour Laora Tuominen, le nec plus ultra  de la plongée ne se trouve ni au large de la Méditerranée, ni dans un atoll des  Caraïbes, mais sous le vacarme de la ville, dans les profondeurs de Budapest.      Les bains centenaires de la capitale hongroise attirent des millions de  touristes qui se prélassent dans ses eaux brûlantes. Leurs entrailles, où  coulent les sources thermales, sont désormais un site d'exploration prisé des  plongeurs du monde entier.   Depuis l'ouverture en 2015 d'un centre de plongée souterraine, les plus  expérimentés peuvent explorer un labyrinthe de sept kilomètres de grottes  immergées situées sous la ville, un site protégé depuis 1982 et unique en  Europe.    "Nous sommes sous Budapest! C'est excellent!", s'exclame Laora Tuominen,  une anesthésiste finlandaise de 39 ans, en se mettant à l'eau depuis une  plateforme montée dans une étroite cavité.    Quelques instants plus tard, le groupe de plongeurs et spéléologues  amateurs en combinaison dont elle fait partie, bouteilles d'oxygène sur le dos,  disparaît dans les flots sombres, guidés par le filet lumineux de leur lampe  torche.  "La spéléo-plongée est une activité de niche qui n'est pas à la portée de  tout le monde", explique Attila Hosszu, gérant du site. Ici, "notre  particularité est d'être en milieu urbain, c'est très, très rare."    Les participants à ces visites aquatiques sont des plongeurs disposant tous  de brevets leur permettant d'évoluer dans ces eaux souterraines, d'âges  variables mais tous en bonne forme physique. Un public souvent composé pour  moitié de Hongrois et pour moitié d'étrangers, relève M. Hosszy.    Le lieu est "facile d'accès, il n'y a ni montagne à escalader, ni gorge à  descendre, ni piste à emprunter", souligne-t-il. Juste une discrète porte  métallique à franchir, en retrait d'un large boulevard du 2e arrondissement,  non loin des rives du Danube.

   

   - Chaos minéral -

     Installé dans un tunnel situé sous une colline de Buda, une des deux  parties de la capitale, le centre de plongée est connecté aux grottes Janos  Molnar, du nom du pharmacien hongrois qui le premier, au 19e siècle,  s'intéressa à l'étonnant complexe souterrain.    A partir des années 1950, des explorations régulières ont révélé un vaste  réseau de cavités remplies d'eau thermale alimentant les bains Szent Lukßcs,  l'un des plus importants établissements de la ville.    Au fil des ans, quelque six kilomètres de boyaux ont été mis au jour, des  fils d'Ariane ont été installés: les plongeurs ondulent de galerie en galerie,  dans un dédale d'étroits passages rocheux débouchant sur de vastes salles.    L'air ambiant est moite et la température de l'eau, entre 20 et 27°C toute  l'année, n'a rien à envier à celle des mers du Sud. Mais il n'y a ni récifs  coralliens, ni poissons colorés, juste un chaos minéral noyé dans l'obscurité,  qui fascine les explorateurs.    "Imaginez que vous êtes dans une pièce plongée dans le noir dont vous ne  pouvez sortir à votre guise. Pour moi, c'est super relaxant. Dans ce monde de  technologies, le silence est quelque chose de précieux", confie Irina  Litvinenko, une Russe de 38 ans qui, le temps d'une immersion, met entre  parenthèses son quotidien de salariée dans le secteur de la finance à Chypre.   Le site commence à être connu dans le petit milieu de la plongée. Il attire  surtout sur la base du bouche à oreille. Il en coûte 70 euros pour une plongée  de 50 à 70 minutes à une profondeur maximale de 40 mètres. Comptez le double  pour descendre à 90 mètres, l'aventure pouvant alors durer jusqu'à deux heures 

et demie.

   

   - Ecosystème unique -

Marton Illes, un développeur informatique de 37 ans, vit à un jet de pierre  du site à Budapest. "Ca doit être ma quinzième plongée mais il y a tellement à  explorer que c'est sans fin", s'émerveille-t-il. "Vous descendez par un  passage, ressortez par un autre, vous tournez ici, puis là... Je crois que je  n'en ai vu qu'une petite partie."    Le dépouillement des profondeurs ne rebute pas Zoltan Bauer, 29 ans, solide  instructeur de plongée qui guide les groupes dans les méandres des lieux depuis  leur ouverture en 2015: "J'aime la forme de cette grotte, ses cristaux rocheux,  les formations calcaires, c'est magnifique", explique-t-il.  Pour préserver l'écosystème de la grotte, le nombre de plongeurs est limité  à trente par jour.    Car si la vie aquatique des profondeurs de Budapest ne saute pas aux yeux,  elle existe et intéresse les chercheurs depuis plusieurs décennies. Avant  l'ouverture du centre de plongée, seules des explorations à visée scientifique  étaient autorisées. Géologues, chimistes et biologistes continuent d'y enrichir  leurs connaissances.    "Il existe un écosystème tout à fait unique dans cette grotte", explique  David Brankovits, un expert en biologie maritime et en écologie qui y plonge  régulièrement.    Il se dit captivé par les petites créatures qui y vivent, "adaptées à  l'environnement et qu'on ne retrouve nulle part ailleurs".    "Il est possible de mieux comprendre l'évolution de la vie par le biais de  cet environnement, non seulement sur la terre, mais aussi dans des conditions  extrêmes de notre planète, voire au-delà."

 

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