Passerelle de l'actualité
11 Novembre 2017
Sous un immense toit de verre, la nouvelle gare ultramoderne de Lodz semble déjà attendre les visiteurs de l'exposition universelle spécialisée de 2022 (Expo-2022/2023), que l'ancienne
capitale du textile polonaise rêve d'organiser. La gare doit constituer le nouveau coeur de cette ville du centre de la Pologne en pleine mutation, qui après des années de grandeur vers la fin du XIXe siècle, a lentement perdu de son lustre. Ville de monoculture textile,
elle a connu une descente aux enfers après la chute du communisme et la
fermeture de dizaines d'usines. Au début des années 1990 le chômage dépassait
20% de la population et la ville commençait à se vider. L'an dernier elle
comptait 696.000 habitants contre 854.000 en 1988. Aujourd'hui, Lodz veut définitivement tourner la page. A la différence des grandes expositions universelles, les expositions spécialisées présentent un thème précis d'actualité. Celui de la candidature de Lodz, fortement soutenue par le gouvernement, est "La Ville réinventée".
"Lors de l'Expo, nous voulons discuter comment insuffler une nouvelle vie
dans les villes post-industrielles. C'est un problème qui touche beaucoup de
villes dans le monde", explique à l'AFP Hanna Zdanowska, mairesse de Lodz.
Pour réaliser son rêve, Lodz doit encore battre Buenos Aires et la ville
américaine de Minneapolis, lors d'une finale à trois qui se tiendra à Paris le
15 novembre, quand les délégués du Bureau International des Expositions (BIE)
choisiront le gagnant.
"Il est rare de pouvoir construire une ville en repartant à zéro. Nous
avons cette chance", se réjouit la mairesse de Lodz.
- Villas et palais -
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Car pour redonner vie à son centre, Lodz voit très grand. Au total 300
hectares de terrains doivent y être revitalisés, des bâtiments, des rues, des
parcs. Tout a été repensé, de nouvelles fonctions attribuées à d'anciens
bâtiments publics et industriels. De splendides immeubles, villas et palais
doivent être rénovés, de nouveaux axes de communication tracés. Le tout pour
quelque 20 milliards de zlotys (4,7 milliards d'euros), selon Mme Zdanowska.
L'histoire de Lodz a de quoi donner le vertige.
En 1820, la ville ne compte que 800 habitants. Un siècle et une révolution
industrielle plus tard, 500.000 personnes habitent et travaillent dans ce
centre de l'industrie textile, la "Manchester polonaise". A l'époque, Lodz,
habitée par les Polonais, les Juifs et les Allemands, est la deuxième ville au
monde en termes de vitesse de croissance après Chicago.
C'est justement cette période de capitalisme bouillonnant que dépeint dans
son roman "La terre de la grande promesse", Wladyslaw Reymont, prix Nobel de
littérature en 1924. Cette fresque d'une ville en plein essor a été portée à
l'écran par Andrzej Wajda, lui-même issu de la célèbre école du cinéma de Lodz.
Encore aujourd'hui, on y trouve 140 immenses usines en briques rouges du
XIXe siècle, pour la plupart à l'abandon. Certaines sont d'ores et déjà
transformées en centres commerciaux, galeries d'art ou lofts. Près de la gare,
l'ancienne centrale électrique EC1 abrite le plus grand centre des sciences et
de l'art de Pologne.
L'autre visage de Lodz est celle de l'avant-garde artistique avec ses
festivals, tels ceux de la photographie ou du design.
- "Folie positive" -
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"C'était une ville ouvrière, et non pas bourgeoise, avec tout son bagage
culturel, ce qui paradoxalement est un aspect positif, car on pouvait et on
peut y faire plus de choses impossibles ailleurs. Le niveau de folie, au sens
positif du terme, de la ville, de ses habitants, est plus élevé qu'ailleurs",
explique Michal Piernikowski, un des animateurs de l'Usine d'art, ancienne
usine textile aux murs de brique rouge vif, transformée avec l'aide de
passionnés et de la mairie en un espace abritant un centre d'art et un
incubateur d'entreprises des métiers créatifs.
Même si elle ne remporte pas l'Expo, Lodz se sent déjà gagnante. Attirés
par son évolution, des investisseurs viennent y installer leurs usines.
Aujourd'hui, la ville est l'un des principaux centres de production
d'électroménager. Des banques y transfèrent leurs sièges ou centres de services.
"Le plus grand succès de cette revitalisation est le fait que les résidents
eux-mêmes ont commencé à croire en leur ville, ce qui n'était pas le cas
auparavant. Jusqu'à présent, pour ses habitants comme pour les visiteurs, Lodz
était une ville grise, ce n'est plus le cas aujourd'hui", explique Marcin
Obijalski, directeur du bureau de revitalisation à la mairie.
Par Bernard OSSER